Edito

14ème dimanche – 4 juillet 2021

Retrouver les étoiles

Un soir de la fin du mois d’août, je rentrais à Paris par le train avec des milliers d’autres vacanciers. Dans la foule qui sortait de la Gare de Lyon, une petite fille tenait son père par la main. Ayant franchi les portes qui donnent sur la rue, elle leva les yeux vers le ciel. Celui-ci, plein des lumières de la ville, avait l’aspect habituel de la nuit parisienne : une sorte d’orange foncé uniforme et triste. Se tournant alors vers son père, l’enfant effrayée lui cria : « Papa, les étoiles ont disparu ! »

Cette exclamation laissait deviner tout un été passé à contempler la voie lactée dans l’odeur des prés, le ciel bleu des bords de mer alors que le regard se perd à l’horizon, l’envergure des paysages quand ils ne sont plus limités par ce que nous entrapercevons entre deux immeubles. En ces jours qui s’allongent, quand nous quittons la ville, le cœur s’agrandit tandis que les yeux portent plus loin ; nous retrouvons alors l’ampleur pour laquelle nous sommes faits.

Au mois de juin, ratatinés par les jours de travail qui se sont succédé dans une année particulièrement aride, les étoiles ont souvent disparu à nos yeux. Nous marchons le regard rivé au sol, préoccupés de pouvoir encore faire le pas suivant, sans bien nous souvenir du sens de notre vie. Alors, nous avons besoin de vacances et pas seulement pour reposer notre corps mais pour retrouver les étoiles qui nous guident. Nous allons vivre le 7ème jour de la création, ce moment où Dieu ne fait rien que contempler son œuvre. Nous avons couru durant des mois, maintenant, nous allons nous ennuyer, d’un ennui essentiel pour lever notre regard et ouvrir notre cœur. Seul cet arrêt lui permettra de retrouver ses dimensions et de réentendre l’appel du large qui résonne en lui. Mer ou montagne, sportif ou nonchalant, social ou solitaire, chacun se connaît, a ses préférences et ses contraintes ; quelles qu’elles soient, où que nous soyons, notre été est là pour que nous retrouvions les étoiles et y accrochions notre vie.

Père Nicodème Ferré +